Alma, jeu de rôle narratif horrible et merveilleux – Partie du 14 avril 2018

Le passé lointain, bien trop présent à mon goût…

Franchement, des fois, être un gentil, je me demande si c’est bien raisonnable. On se couche, après une dure journée, et soudain, au milieu de la nuit, on se réveille, avec cette maudite conviction qu’il nous reste le temps d’être indispensable. Reste à trouver où, et à qui.

Et le souvenir suivant ? Ah ça ! Tout nu, sur un plancher de bois qui avait au moins le mérite d’être neuf et propre. Accompagné de ceux des mes camarades qui s’étaient également éveillés, cette nuit-là.
J’étais bien mis pour admirer les formes de mes condisciples, et pour maudire, une fois de plus, la nécessité de rester chaste. Ou de perdre ma puissance. D’un autre côté, quelle puissance ?

Après ? Après on a enquêté, sauf la maniaque qui se préoccupait uniquement de voler les rideaux pour cacher ses formes.
Et on a découvert qu’on était supposés avoir détruit le village dans lequel nous nous trouvions, et sacrifié 90% de ses habitants pour des desseins, disons, très personnels, et très répréhensibles. Alors bien sûr, le ministère de la paix publique et le temple des Nuits Cendrées, qui réprime les activités surnaturelles illégales, nous recherchent.

Comme la compagnie de mercenaires installée au village.
Comme le magicien venu leur prêter main-forte.
Comme les survivants traumatisés.

Mais on s’en tire bien, hein, on est si doués en comédie.
On change de phase, hop, et voilà les garçons devenus filles, et vice-versa.
On s’invente des identités fictives, genre riches touristes de la haute, pour expliquer notre présence.
On se fait aider de Piquante Étreinte, une délicieuse courtisane en cours d’installation dans le village, qui nous prend en affection, nous offre des informations, et des habits charmants. Généreuse, fraîche, ouverte, toujours prête à papoter avec des nouvelles amies, le contact rêvé.

Bref, on commence à croire qu’on va s’en sortir. Puis on croise notre cher supérieur hiérarchique, l’admirable et vengeur Velours, qui nous dénonce publiquement. Ah, le coup de poignard du regard de ceux que nous avons abusés, et qui se croient trahis.
Ah, la montée soudaine d’agressivité, incontrôlable et meurtrière.

Ah, cette andouille de Montagne Naine qui tente de négocier, et s’y prend si bien qu’il massacre au passage quelques adversaires. Au moins, si certains avaient des doutes sur notre culpabilité, ils sont dissipés.

La prochaine fois qu’on est supposés détruire un village, pourrait-on penser à anéantir les fourches, les couteaux, les haches, et autres objets que je déteste savoir brandis dans le but de me trucider ?

Mais je n’ai pas le temps de plaider la méticulosité, car, profitant de la brèche ouverte involontairement par Montagne Naine, nous courons. Loin. Au point de quitter les lieux. D’échapper à nos poursuivants.

Et, sur la route, venant à notre rencontre, le carrosse envoyé par nos riches et puissantes familles. Avec nos serviteurs personnels, nos vêtements et mets préférés. La routine pour les privilégiés que nous sommes…

….HEIN ?!

Pas possible ! Ca, ce sont nos couvertures. Nous ne sommes que de modestes apprentis exorcistes, pas des rejetons de bonne famille. Alors, pourquoi ce carrosse ? Pourquoi sommes-nous reconnus par nos serviteurs ?

(…)

Beaucoup plus tard, les choses sont plus claires : un dieu mystérieux a Lissé la réalité, partiellement en notre faveur. Nous sommes bien riches et promis à un radieux avenir, mais dans une ville où la plupart de nos amis seront morts, condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis, et où nous serons soumis à l’influence croissante d’un dieu hostile.

Alors, nous luttons pour revenir à la version de la réalité que nous préférons. Aidés par tous ceux que nous pouvons convaincre, puisque les méthodes habituelles, mensonge, contrainte, semblent renforcer notre adversaire (ai-je dit que je déteste les monopoles ? Le temps de trouver qui nous affrontons, et je lui casserais bien quelque chose. Même si Casse-Noisettes, toujours prudent, préfère éviter les boss de fin tout en réglant subtilement les problèmes).

Les ennuis récents

En théorie, on y était presque. On avait convaincu de revenir à notre version de la réalité toutes les personnes assez volontaires pour que leur avis soit déterminant (les autres ? Ah, les autres suivent et n’en sont même pas conscients, comme toujours).

Et puis on avait découvert que Montagne Naine, devenu Bise Discrète, la plus paresseuse des filles de bonne famille, s’était surmenée, pour une fois, en important sans nous avertir Piquante Étreinte, la courtisane qui nous avait si gentiment aidés précédemment, et dont elle s’était éprise.
Elle lui avait offert quelques améliorations, la rendant encore plus sublime, et un palais splendide; elle était à présent courtisée par les plus riches et les plus puissants notables de la province. Le paradis, quoi. Et qui renoncerait au paradis ? Et en échange de quoi ?

Heureusement que certains d’entre nous travaillent pour le Dieu Bleu Ciel, qui veille à ce qu’amitiés et amours embellissent la vie des mortels.
Et heureusement que son avatar a provoqué un coup de foudre chez Piquante Étreinte, devenue subitement amoureusement coopérative.

Nous voilà donc en plein rituel avec notre adorable dieu, en train de renvoyer dans un village détruit une courtisane amoureuse.
Simple, agréable, élégant, plutôt bandant en fait.

Jusqu’à ce que ma camarade sociopathe, Masque Souriant, entreprenne de biaiser le rituel, exploitant l’état modifié de la ville pour contrôler le Dieu Bleu Ciel et l’utiliser pour anéantir des dieux qu’elle juge mauvais, quitte à le sacrifier au passage. C’est pour une bonne cause : la sienne.
Et si ça rate, et que le Dieu Bleu Ciel survit, elle a même une chance de s’en tirer, puisqu’il est gentil : il lui pardonnera. On devrait toujours utiliser un gentil pour taper sur un méchant.

Évidemment, cela pourrait être une machination des dieux hostiles pour se débarrasser du Dieu Bleu Ciel, qui les ennuie considérablement.
Mais depuis quand Masque Souriant pratique-t-elle la prudence, plutôt que l’opportunisme suicidaire ?

Fort heureusement, aussi machiavélique et bonne comédienne qu’elle soit, elle possède une personnalité dissociée, et dans son esprit, la résistance, tapie dans ses terriers et rejointe par un responsable de la sécurité paranoïaque, parvient à créer une première brèche dans ce plan génial.

Ainsi avertis du danger, nous faisons de notre mieux pour empêcher le désastre. Aidés par tout ce qui peut se déplacer, et trouver une bribe de raison pour nous assister. On dirait que le Dieu Bleu Ciel sait se faire des amis. Tant mieux, parce que lorsqu’il est sous forme de ciel furieux, traînant derrière lui des dieux instrumentalisés tout aussi contrariés que lui, et que le tout fond droit sur nous… j’aimerais être ailleurs. Et au lieu de cela, j’appelle mon propre dieu, que j’avais juré de ne plus fréquenter, et je tiens bon. Comme un c…, pardon, un héros.

Maintenant, j’attends de voir comment Masque Souriant va s’expliquer avec lui. Et avec Piquante Étreinte, puisqu’elle vient de massacrer son amoureux. D’accord, d’accord, il a ressuscité, mais quand même, ça fâche, ça choque, ça blesse, de voir un avatar si séduisant mis en lambeaux.

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve les ennuis d’autrui reposants, surtout quand je suis occupé à récupérer des miens, et qu’il reste justement quelques petits plats délicieux sur le buffet.

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