Alma – Du sang froid !

En ce beau mardi de septembre, nous accueillons un nouveau PJ, Sang Froid. Il nous arrive de la capitale impériale, où il vient de manquer se faire tuer, d’une manière qui résume bien sa vie : insatisfait, imprudent, grande gueule, et déjà bien imbibé, il insulte l’un de ces fils de bonne famille qui l’insupportent. Au pire, pense-t-il, cela fera l’une de ces bagarres titubantes dont il est coutumier.
Mais ce soir-là, ses adversaires le tabassent et le jettent dans le canal, afin que la noyade l’achève. Sa fin lui paraît certaine…

…mais il reprend conscience loin en aval, quand les eaux du canal devenu rivière l’échouent sur la berge. Il sait que quelque chose l’a protégé, mais qui, et pourquoi ? Mystère.
Surtout, il se sent différent : cette sensation étrange, ne serait-ce pas le don d’exorcisme, que sa sœur possède, et qui a fait d’elle une célébrité dans l’ombre de laquelle il n’a fait de s’aigrir ?

Il pourrait retourner dans sa famille et tenter de l’égaler, mais leurs rapports sont trop médiocres pour cela. Et il refuse d’étudier dans l’école dont elle sortit première ; il entend d’ici les “ah oui, tu es le frère de…” et sent peser tout le poids de la comparaison.

Mais il sait très bien qu’un don d’exorciste doit être éduqué, sous peine de lui pourrir la vie… bon d’accord, ce qui reste de sa vie.
Comment s’appelle le maître exorciste dont sa sœur méprise les méthodes éducatives ? Ah oui, Bleu Nuit. À… voyons… un bled en province… ah oui, Trois-Ponts. Pas la moindre idée de la direction, mais la capitale étant un haut lieu touristique, Sang Froid trouve sans peine des informations.

Et le chemin est on ne peut plus simple : tout droit, en suivant le canal impérial. Toujours plus loin dans la cambrousse.
Bonne nouvelle : les bouseux savent boire et chanter, et sont plutôt accueillants.
Mauvaise nouvelle : tous ses repères de citadin n’ayant jamais dépassé l’hypercentre de la capitale lui sont de moins en moins utiles…

Trois-Ponts, enfin. L’école de Bleu Nuit, enfin.
Juste après la porte d’entrée, le panneau où les résidents accrochent une petite plaquette quand ils sortent, afin qu’on les sache absents.
Sang Froid choisit un nom au hasard, ou presque : Bol de Soupe Réchauffé au Soleil du Matin, ça sonne bien, pour un blaireau. Avec un nom aussi couillon, ça doit être un gars plutôt obscur.
Quand un gamin de dix ans descend l’escalier, il lui demande où se trouve le bureau de Bleu Nuit.

Mais loin de lui répondre, l’enfant le considère, comme s’il jaugeait la gravité de son cas; de sa bouche un peu déformée, d’impressionnantes canines blanches dépassent, et un léger filet de bave s’écoule.
Fort aimablement, Sang Froid le lui signale (ou était-ce avec un rien de mépris ?) Qu’importe ! L’enfant lui répond tout aussi courtoisement que c’est normal, quand il se retient de manger quelqu’un.

Manger quelqu’un ??? Sang Froid commence à courir, mais pas assez vite. Et l’enfant, qui eût peut-être continué le dialogue, ne peut tolérer l’ajout d’un délit de fuite à un vol de plaquette d’identité, et entame la poursuite.
Sang Froid met à contribution ses talents de délinquant urbain, ce qui n’empêche pas l’enfant de lui sauter dessus depuis un toit et d’emporter une grande bouchée de cou, carotide incluse. Le jet de sang, éblouissant, est étonnamment bref, comme le hurlement de Sang Froid.
Il espère un instant que les habitants du quartier, attirés par le bruit, vont le sauver, mais, quand il empoigne une chaise pour espérer tenir l’enfant à distance, il se fait taper dessus pour vol par le propriétaire.

Et la poursuite reprend, si ce n’est qu’un citadin armé d’une chaise poursuit le voleur d’une autre chaise, et qu’un autre va jusqu’à porter l’enfant pour être sûr de rattraper Sang Froid.
Car voyez-vous, quand le petit mord quelqu’un, il ne laisse pas une plaie ouverte, mais transmute la chair et le sang en argent, qui peut être délicatement prélevé… et revendu… avec profit… et si l’on en veut plus, il n’y a qu’à écarter les lèvres de la plaie, qui saigneront encore…

Sang Froid étant un inconnu, le saigner pour s’enrichir serait parfaitement naturel, pour tout le monde, sauf lui.

La course à pied ne le sauvant pas, il trouve le courage de sauter dans le canal, malgré sa récente noyade, en espérant que l’enfant ne sait pas nager. En voyant ses poursuivants héler des barques, Sang Froid se résout à rendre la chaise, la plaquette et à confesser son délit, ce qui lui vaut la clémence de l’enfant, d’ailleurs plus préoccupé par le baratin du citadin qui tente d’amener Sang Froid à saigner encore un peu de métal précieux, sous prétexte que ses hurlements de dévoré vif l’ont traumatisé, ainsi que sa famille…

Décidément, conclut Sang Froid, tous les habitants de cette ville sont tarés. Il avait bien raison de ne jamais quitter l’hypercentre. Et il commence à se demander si sa sœur n’aurait pas eu raison.

Mais l’enfant, charmant, l’escorte jusqu’à l’école, où Sang Froid découvre que le petit Crocs d’Argent est parfaitement représentatif des disciples de Bleu Nuit. Compétent, autonome, libre de posséder son propre système de pensée et de valeurs tant qu’il ne lèse personne de précieux…
un intéressant compromis entre une sensibilité anarchiste, la nécessité de professionnalisme de la vie d’exorciste, et le besoin d’une insertion sociale réussie de la part de représentants de la paix publique.

Autrement dit, tout ce que Sang Froid n’est pas encore. Mais à quoi bon étudier si cela ne nous apprend rien ?
Il voudrait seulement qu’on respecte un peu son ego, et qu’on accepte de reconnaître qu’il est doué en bagarre. C’est pas sa faute si un abruti a lâché les fauves… d’accord… le fauve.
Et puis d’abord, la bagarre, c’est un sens large : il prend n’importe lequel de ses cadets en duel de cul sec, et il est sûr de gagner !

Puisqu’il vous le dit… mais arrêtez de rigoler, bande de mioches !
Ça ne vous suffit pas qu’en moins de deux heures avec vous, Sang Froid ait été mordu (c’était un délinquant), déstabilisé mentalement (il est coincé, le vieux !), drogué (ben il avait l’air stressé, je lui ai fait une tisane calmante), capturé par un dieu esthète et cruel qui l’a relâché après l’avoir enrichi des souvenirs de quelques damnés qui l’aident à relativiser ses propres expériences négatives tout en lui permettant de se suicider en se fracassant contre les murs du couloir… avec pour dernières paroles de son entourage : c’est pas grave, on nettoiera plus tard, là c’est un peu choquant pour les petits.

Et vous pensez que quelqu’un l’aurait plaint ? Lune Errante, le guérisseur, s’est contenté de le retaper et de lui signaler avec un bon sourire qu’il était plutôt du genre récidiviste, lui !

Un compliment, c’est si facile… et ça fait toujours plaisir !

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