Alma : Bouquet de jeune fille

Dans la cour obscure, une lanterne éclaire faiblement un grand vase émaillé, dans lequel est disposé un arrangement floral ravissant.

Maître Bleu Nuit apporte en silence un fauteuil, un guéridon, un plateau avec du thé, et il s’assied.

Sur l’abat-jour, les papillons semblent frémir, battre des ailes, ou se fondent-ils dans les nuages que l’exorciste a peints avec délicatesse sur la soie d’un bleu lavé de noir ?

Au-dessus des fleurs, Nébuleux Papillon reprend conscience d’elle-même. Elle se sent plus légère qu’elle ne l’a jamais été, et comme elle baisse les yeux, elle réalise qu’elle ne perçoit plus son corps. Ou, avec bien des efforts, comme une forme ténue, à peine discernable.
Là où devraient se trouver ses jambes, il n’y a que des fleurs, des feuilles, des tiges.

De la cour, elle discerne d’abord, peut-être parce que leurs natures sont devenues proches, la vapeur parfumée qui s’élève de la tasse de thé, puis Bleu Nuit lui-même.
– Maître… que m’arrive-t-il ? Je ne sens plus mon corps, je flotte…
Avec un calme parfait, heureusement contagieux, l’exorciste répond :
– Cela arrive, quand on est mort.
– Morte… mais… comment ?
– D’une tentative d’assassinat.
– J’ai été… tuée ?
– Par le système de sécurité, quand tu t’es décidée à éliminer Sang Froid.
– Mais…
– S’il convertit les voleurs en biens matériels compensant leurs méfaits, comment penses-tu qu’il réagisse quand on tente de dérober le bien le plus précieux qui soit, la vie d’un de mes hôtes ?

Dans les ténèbres de la cour, Sang Froid hoquette, surpris. L’assassiner, lui ?
Certes, il s’est montré un peu désagréable… voire franchement odieux… mais enfin, si toutes les femmes qu’il a refusées l’avaient tué, il ne serait plus là pour
Minute ! Qu’a dit Bleu Nuit, déjà, quand il lui a demandé pourquoi il irait attendre dans une cour ténébreuse, au lieu de rester au chaud dans son lit ?
Que sans sa protection, son être aurait été dissipé, et sa matière et sa force vie, rendues au Flux pour les accorder à d’autres ?
Et que comprendre cet évènement ne serait pas totalement idiot… voire carrément futé, à moins que son envie de suicide, contrariée ce soir, ne doive être respectée ?

Eh bien, il a deux mots à dire à cet exorciste ! Si le laisser se faire tuer… d’accord… manquer se faire tuer, est sa définition de l’hospitalité, il…

Autour d’eux, encore silencieux dans les ténèbres, d’autres témoins de la scène, invités par Bleu Nuit, demeurent attentifs.
Les plus bienveillants se demandent comment réussir à faire cohabiter, dans l’école, une apprentie tueuse même peu séduite par cette profession, et sa cible qui paraît exceller à la pousser au meurtre…

Un défi à leur mesure.
Car Alma est un jeu où la question n’est guère de savoir qui l’on tue, mais comment l’on évolue, ce que l’on découvre et comprend, avec qui l’on apprend à collaborer, quelles informations nous sont confiées, et quel usage en sera fait, dans un monde complexe où se fier aux apparences est le privilège des simples.
Ceux qui ne comprennent pas pourquoi ils naissent, et pourquoi ils meurent.

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Illustration d’Audrey Kawasaki.

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