Alma – Trois Chimères dans un arbre

Résumé de partie du mardi – février 2020

Tout est prêt pour accueillir les Chimères des Brumes, et les deux serpents les appellent donc. Il semble ne rien se passer, puis une première voix, adolescente, constate :

– Pas mal, cet arbre. Bonne structure, bonne ramure.

Une seconde, de jeune adulte, ajoute :

– Jolies intersections entre les branches, propices à s’installer.

Une troisième présence laisse tomber les emballages des fruits qu’elle décortique délicatement, et ils se disposent sur le sol en petits tas. À ces menus bruits de chute se superpose un doux bruit de roucoulement satisfait, qui donne une impression de petitesse et de douceur, et qui conduit les PJ à se demander s’ils auraient accueilli un pigeureuil, ou est-ce un écugeon ? Mystère.

Jusqu’à ce qu’un grand baraqué aux immenses ailes immaculées descende leur montrer fièrement les jolis motifs noirs qu’il a créés sur son costume blanc, en s’inspirant de ce petit tas-ci et de ce petit tas-là. De toute évidence, son sens esthétique excelle à faire surgir de la beauté de ce qui n’est qu’un désordre sans intérêt.

Il remercie ses hôtes pour leur accueil, les noix sont délicieuses.

Et ceux-ci le saluent à leur tour, à la fois touchés par la gratitude avec laquelle il accueille ce contact dénué de jugement et de violence, et un peu surpris par sa magnifique tête de vautour à la peau d’un rouge profond, entourée d’une crinière blanche surmontée d’un petit chapeau noir.

Les deux autres Chimères des Brumes se montrent alors, l’arbre réarrangeant ses branches pour les rapprocher de leurs hôtes. L’adolescent aux cheveux verts paraît hostile, blasé, et refoule difficilement sa violence. Le jeune adulte, aux longs cheveux blonds, paraît membre d’une classe sociale infiniment supérieure, mais être pour l’instant nonchalant et distant. Il est vêtu avec une élégance décontractée, et son visage est percé de bijoux suspendus, reliés par des chaînettes, qui évoquent des passerelles sur une falaise.

Perçues en groupe, les trois Chimères évoquent le printemps, l’été au poudroiement doré, et un hiver enneigé, protégeant de son blanc manteau une fertilité qui ne peut poindre, faute de conditions propices.

Les négociations s’engagent, car les Chimères des Brumes ne travailleront pas pour rien.

Elles demandent d’abord la protection de Ruisseau Turquoise, mais celle-ci décline : déserter est une chose, protéger activement l’ennemi en est une autre. Elle ne compte pas saboter toutes ses chances de réinsertion.

L’adolescent, Feuilles Bruissantes, propose un autre paiement : s’il s’agit de rajouter un Manesh, plutôt que de venger sur leurs hôtes les souffrances déjà subies du fait de Manesh, alors la moindre des choses serait de leur en livrer un, dont il disposera avec plaisir. La cruauté de son sourire rend l’idée peut tentante.

Ruisseau Turquoise serait acceptable, puisqu’elle ne veut pas se rendre utile, mais Rigueur Abrupte apprécie assez peu l’idée, et toutes les personnes présentes comprennent en outre que la garde du corps combattra pour sa vie. Survivre à l’affrontement sera délicat.

Quelqu’un propose donc aimablement Rondin.

Feuilles Bruissantes paraît intéressé, et, malgré la réticence de Bleu Nuit, le jeune homme vient, non pas mourir, mais dialoguer.

Cet échange de vue entre Feuilles Bruissantes et un représentant d’une famille de bûcherons permet de mieux comprendre le lien étroit entre les Chimères des Brumes et certains arbres. Elles ne peuvent pas les laisser copier, car cela équivaut à livrer leur propre corps aux Manesh, à devenir non plus un sujet, mais une denrée dont l’on dispose, une chose. Et c’est incompatible avec leur intégrité.

Quant à Ruisseau Turquoise, elle aide à comprendre que les Chimères des Brumes ne choisissent pas de contaminer des Manesh, ni de les changer en démons, ni d’être elles-mêmes instables et de devoir se protéger en tuant. C’est simplement que, faute de pouvoir éviter que certains Manesh ne puisent à des eaux qui devraient leur demeurer interdites, on peut empoisonner celles-ci. Les Chimères sont puissantes, mais elles sont aussi corrompues, au point que les Manesh eux-mêmes en viennent à les éliminer.

Cela fait des économies de main-d’œuvre, et puis, c’est d’une ironie savoureuse : les mortels éliminent d’eux-mêmes les meilleurs d’entre eux pour mieux stagner dans leur abaissement.

Bleu Nuit, sentant que l’animosité de Feuilles Bruissantes ne sera pas apaisée aisément, propose de s’impliquer comme médiateur dans les conflits entre Chimères des Brumes et Manesh. Feuilles Bruissantes signale que pourquoi pas, mais ce ne sera pas vraiment un paiement, puisque cela profite aux deux parties.

Le maître exorciste lui signalerait bien qu’il les laisserait tous crever, si c’est pour être mal reçu, mais il se contient, et demande poliment s’il peut les rétribuer autrement. Le jeune homme blond, Champs Dorés, propose qu’en tant que responsable du terroir, il montre une compassion un peu plus active pour les Chimères des Brumes. Il les traite déjà bien mieux que d’autres, mais il pourrait faire plus, s’il usait d’un peu plus de son influence et de ses moyens.

Bleu Nuit rappelle qu’il doit assurer la sécurité de ses disciples et celle des citoyens de Trois Ponts. Rigueur Abrupte est là pour lui rappeler ce qui advient quand on dépasse les bornes.

Le Double Serpent Temporel insinue que, parfois, la sagesse est suicidaire, elle empêche de prendre les risques qui assureraient la sécurité à long terme.

Avec un gros soupir, le maître exorciste accepte ce nouveau fardeau.

Rincevent, qui observe attentivement la scène, a l’impression que les trois Chimères se comportent comme il le ferait s’il se retrouvait soudainement privé de son bon maître ; elles doivent être orphelines. Touché, il décide que, quand il sera grand, il les aidera. Comment, il n’en sait rien, mais il trouvera.

Mais la famille de Sang Froid répugne à laisser l’exorciste payer seul, car cela équivaudrait à s’endetter vis-à-vis d’un anarchiste, alors qu’ils sont des fonctionnaires à la réputation impeccable. Leurs propositions ne semblent guère intéresser les Chimères des Brumes, qui les considèrent plutôt comme des conformistes dont la fréquentation serait dommageable.

Champs Dorés consent pourtant à les écouter, avec l’attitude du chaland qui butine des babioles de peu de valeur dans une échoppe de seconde main.

Quand les propositions se tarissent, il signale que, tout bien considéré, il a peut-être une idée : il pourrait accepter les six écrins créés par Çamdar. Non les pendentifs, dont ils auront l’usage, mais leurs délicats emballages.

Tiens donc, un dieu aurait une vision un peu plus claire de l’avenir, et il aurait directement donné de quoi payer les Chimères des Brumes ? Comme c’est aimable de sa part. Ou comme c’est bien calculé. La famille hésite, mais le frère aîné, Modestes Appétits, resté étrangement silencieux jusque-là, appuie la proposition.

Car son petit talent personnel, c’est d’être capable d’imiter à la perfection une personne, y compris tous ses moyens, et sa fonction, c’est de remplacer au pied levé tout fonctionnaire malheureusement incapacité suite à un accident (rare) ou une manipulation du parti opposé (tellement plus fréquent). Et il lutte pour ne pas imiter les Chimères des Brumes, soupçonnant qu’il serait incapable de redevenir lui-même, et abandonnerait ce faisant son épouse, leurs enfants, et le reste de sa famille.

Une fois les écrins obtenus, les Chimères des Brumes ne cachent pas leur ravissement, alors qu’elles discernent toutes les merveilles qu’elles pourront en créer, les améliorations de leur existence qui en surgiront. Réalité, illusion, un peu des deux ? Tant qu’elles aident les PJ ! Et ceux-ci commencent à réfléchir à la meilleure manière d’aller consulter le passé…

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