Pour occuper votre (semi-)confinement : une campagne de l’Appel de Cthulhu à jouer en ligne 2 ou 3 après-midi par semaine !

Le club est fermé, mais une nouvelle campagne commence, à jouer à distance, le casque sur les oreilles, en mode audio et vidéo.
Alors si vous êtes confiné et que vous cherchez à vous évader un peu… n’hésitez pas !

Présentation du MJ

Vous vous réveillez dans ce lieu sombre et clos, tous attablés et endimanchés.
Aucun d’entre vous ne semble se connaître… Une incroyable amnésie collective… Et pour couronner le tout, vous semblez faire l’objet d’une séquestration dans une cave ou du moins dans un lieu clos …

Que s’est-il passé ? Comment vous êtes-vous retrouvés dans ce lieu ? Et qui sont ces personnes avec vous ?

(puisqu’on vous dit que c’est un bon scénario pour un confinement :D)

Déroulement

Scénario pour 3 à 6 PJ.

Les PJ étant amnésiques, leur feuille de personnage est vierge de toute caractéristique!
Au cours de l’aventure, de nombreux jets seront nécessaires pour que soit dévoilée l’identité de chacun…
Ce huis clos sans “action-baston” n’est pas avare en jets d’idées, jets de chance, bonus et autres coups de théâtre ! Le scénario permet de créer au fil de la partie la fiche des PJ avec leurs caractéristiques et leur background ! Les PJ se souviendront peu à peu d’un passé…

Le MJ fournit la fiche de perso de l’Appel de Cthulhu en version éditable.

Le jeu se joue en ligne, en mode vidéo.

Qui est le MJ ?
Christophe Marchat.

Quand ?
Deux ou trois après-midi par semaine, entre 14h et 18h.
Si possible, on commence la semaine prochaine.

Comment signaler son intérêt ?

Utilisez le formulaire de contact du club :

Cherche joueur/se pour l’Appel de Cthulhu : campagne « Les Oripeaux du Roi »

Le club est fermé, mais des parties se jouent toujours en ligne, et il reste de la place dans certaines d’entre elles ! N’hésitez donc pas à consulter le calendrier du club.

Entre autres, il reste une place dans une campagne de l’Appel de Cthulhu, un jeu de rôle d’épouvante situé dans l’univers de l’auteur américain Howard Phillips Lovecraft.

Il décrit une Terre sur laquelle des créatures monstrueuses et des dieux oubliés manigancent dans l’ombre pour atteindre leurs buts mystérieux – en général très peu respectueux de l’humanité.

Les joueurs incarnent les investigateurs qui les affrontent, enquêtant pour révéler et déjouer leurs complots, mettant en péril leur santé mentale et leur vie, infiltrant des sectes hostiles, déchiffrant des langages mystérieux et fouillant des sites archéologiques inconnus, rarement aussi déserts qu’on pourrait l’espérer…

La présentation du MJ
Les étoiles brillent. 
Le regard d’Hastur se pose brièvement sur la Terre, et les choses changent. 

Londres, 1929. Une jeune détective privée va rejoindre un groupe hétéroclite afin d’enquêter sur une étrange pièce de théâtre et une série de meurtres singuliers… d’animaux exotiques.

Le PJ qui vous est proposé
Pour compléter la prestigieuse équipe d’investigateurs et affronter plus sereinement les tombereaux d’ennuis tentaculaires qui les attendent, le MJ propose le personnage suivant :

Samara Singh est la fille d’un boxeur indien et d’une costumière écossaise. Rusée, elle fait toujours dans la finesse… sauf quand elle sort ses poings américains. Mais bon, certains ne comprennent pas la finesse, et sont trop épais pour se laisser manipuler.  

Où ?
La partie se joue en ligne, sur discord. Le MJ vous fera parvenir un lien d’invitation.
Préparez votre micro et votre casque et rejoignez-nous !

Quand ?
Une fois par mois, le samedi. Et on commence samedi 28 mars à 20h !

Comment signaler son intérêt ?

Utilisez le formulaire de contact du club :

Cherche joueuses/joueurs pour une campagne de Donjons et Dragons d’horreur fantastique !

Bonjour à tous,
Bien que fermé, le club a le plaisir d’accueillir un nouveau MJ, Éric, qui nous propose une campagne de Donjons et Dragons.

Elle commencera après la pandémie, certes, mais pourquoi ne pas égayer celle-ci en prenant contact avec le MJ et en créant à distance votre personnage ?

Le thème

L’aventure se passe dans les terres froides et arides de Tashana à la fin d’une épidémie de peste et d’un hiver rude. Les PJ ont fui le nord en passant à travers la taïga vers des terres, ils l’espèrent, plus hospitalières.

L’histoire commence quand ils arrivent dans un petit village où réside un clerc, ancien ami de l’un des PJ. Le clerc est cependant faible et distant et a visiblement un poids sur sa conscience.

Après quelques péripéties et enquêtes dans le village, l’histoire prendra rapidement une tournure sombre et horrifiante et les joueurs seront mis devant des choix draconiens.

Les enjeux grandiront de plus en plus, mais dès le départ ils devront utiliser toutes leurs ressources simplement pour survivre un jour de plus dans le désert glacé de Tashana.

Le style du MJ

Le MJ met l’accent surtout sur le jeu de rôle, les personnages et leurs backstories.
Il aime les ambiances glauques et réalistes avec une pointe de fantastique.

Il récompense les joueurs qui mettent eux-mêmes des bâtons dans les roues de leurs persos tant que c’est “réaliste” et en accord avec leur personnage.

Il n’aime pas particulièrement pas le métagaming, mais il est tolérant envers tous les types de joueurs et essaye de s’adapter un maximum à ce qui leur plaît tant que ça n’empêche pas les autres de s’amuser.

La version du jeu

D&D 3.5.

Le style de campagne

Horreur fantastique ; la campagne va du niveau 1 (ou on peut commencer au niveau 3) jusqu’au niveau 10 ou 11 normalement.

Le style de personnages

Comme c’est une campagne de survie et d’horreur, il n’est pas indispensable de faire une grosse backstory, car il y aura peu de temps pour se pencher sur un arc d’un personnage s’il est trop séparé de la trame principale.
L’idée est plutôt de bien cerner la psychologie de son personnage et de lui ajouter au cours de la campagne au moins une peur ou une phobie ainsi qu’un secret qu’il cache jalousement (quelque chose qui pourrait créer de la tension entre les personnages, par exemple).

Et si je n’aime pas l’horreur ?

Le MJ a plusieurs autres campagnes sous le coude… n’hésitez pas à négocier avec lui !

Quand, comment, etc.

Au club des Gnomes Ludiques, 23A rue de Lausanne, 1201 Genève, juste à côté de la gare Cornavin.

Horaires à fixer entre le MJ et les joueurs, le club peut être ouvert (hors pandémie) 24h/24 7j/7 donc on trouve toujours un créneau jouable.

Comment s’inscrire ?

Utilisez la page de contact du club et écrivez-nous !



Alma – Trois Chimères dans un arbre

Résumé de partie du mardi – février 2020

Tout est prêt pour accueillir les Chimères des Brumes, et les deux serpents les appellent donc. Il semble ne rien se passer, puis une première voix, adolescente, constate :

– Pas mal, cet arbre. Bonne structure, bonne ramure.

Une seconde, de jeune adulte, ajoute :

– Jolies intersections entre les branches, propices à s’installer.

Une troisième présence laisse tomber les emballages des fruits qu’elle décortique délicatement, et ils se disposent sur le sol en petits tas. À ces menus bruits de chute se superpose un doux bruit de roucoulement satisfait, qui donne une impression de petitesse et de douceur, et qui conduit les PJ à se demander s’ils auraient accueilli un pigeureuil, ou est-ce un écugeon ? Mystère.

Jusqu’à ce qu’un grand baraqué aux immenses ailes immaculées descende leur montrer fièrement les jolis motifs noirs qu’il a créés sur son costume blanc, en s’inspirant de ce petit tas-ci et de ce petit tas-là. De toute évidence, son sens esthétique excelle à faire surgir de la beauté de ce qui n’est qu’un désordre sans intérêt.

Il remercie ses hôtes pour leur accueil, les noix sont délicieuses.

Et ceux-ci le saluent à leur tour, à la fois touchés par la gratitude avec laquelle il accueille ce contact dénué de jugement et de violence, et un peu surpris par sa magnifique tête de vautour à la peau d’un rouge profond, entourée d’une crinière blanche surmontée d’un petit chapeau noir.

Les deux autres Chimères des Brumes se montrent alors, l’arbre réarrangeant ses branches pour les rapprocher de leurs hôtes. L’adolescent aux cheveux verts paraît hostile, blasé, et refoule difficilement sa violence. Le jeune adulte, aux longs cheveux blonds, paraît membre d’une classe sociale infiniment supérieure, mais être pour l’instant nonchalant et distant. Il est vêtu avec une élégance décontractée, et son visage est percé de bijoux suspendus, reliés par des chaînettes, qui évoquent des passerelles sur une falaise.

Perçues en groupe, les trois Chimères évoquent le printemps, l’été au poudroiement doré, et un hiver enneigé, protégeant de son blanc manteau une fertilité qui ne peut poindre, faute de conditions propices.

Les négociations s’engagent, car les Chimères des Brumes ne travailleront pas pour rien.

Elles demandent d’abord la protection de Ruisseau Turquoise, mais celle-ci décline : déserter est une chose, protéger activement l’ennemi en est une autre. Elle ne compte pas saboter toutes ses chances de réinsertion.

L’adolescent, Feuilles Bruissantes, propose un autre paiement : s’il s’agit de rajouter un Manesh, plutôt que de venger sur leurs hôtes les souffrances déjà subies du fait de Manesh, alors la moindre des choses serait de leur en livrer un, dont il disposera avec plaisir. La cruauté de son sourire rend l’idée peut tentante.

Ruisseau Turquoise serait acceptable, puisqu’elle ne veut pas se rendre utile, mais Rigueur Abrupte apprécie assez peu l’idée, et toutes les personnes présentes comprennent en outre que la garde du corps combattra pour sa vie. Survivre à l’affrontement sera délicat.

Quelqu’un propose donc aimablement Rondin.

Feuilles Bruissantes paraît intéressé, et, malgré la réticence de Bleu Nuit, le jeune homme vient, non pas mourir, mais dialoguer.

Cet échange de vue entre Feuilles Bruissantes et un représentant d’une famille de bûcherons permet de mieux comprendre le lien étroit entre les Chimères des Brumes et certains arbres. Elles ne peuvent pas les laisser copier, car cela équivaut à livrer leur propre corps aux Manesh, à devenir non plus un sujet, mais une denrée dont l’on dispose, une chose. Et c’est incompatible avec leur intégrité.

Quant à Ruisseau Turquoise, elle aide à comprendre que les Chimères des Brumes ne choisissent pas de contaminer des Manesh, ni de les changer en démons, ni d’être elles-mêmes instables et de devoir se protéger en tuant. C’est simplement que, faute de pouvoir éviter que certains Manesh ne puisent à des eaux qui devraient leur demeurer interdites, on peut empoisonner celles-ci. Les Chimères sont puissantes, mais elles sont aussi corrompues, au point que les Manesh eux-mêmes en viennent à les éliminer.

Cela fait des économies de main-d’œuvre, et puis, c’est d’une ironie savoureuse : les mortels éliminent d’eux-mêmes les meilleurs d’entre eux pour mieux stagner dans leur abaissement.

Bleu Nuit, sentant que l’animosité de Feuilles Bruissantes ne sera pas apaisée aisément, propose de s’impliquer comme médiateur dans les conflits entre Chimères des Brumes et Manesh. Feuilles Bruissantes signale que pourquoi pas, mais ce ne sera pas vraiment un paiement, puisque cela profite aux deux parties.

Le maître exorciste lui signalerait bien qu’il les laisserait tous crever, si c’est pour être mal reçu, mais il se contient, et demande poliment s’il peut les rétribuer autrement. Le jeune homme blond, Champs Dorés, propose qu’en tant que responsable du terroir, il montre une compassion un peu plus active pour les Chimères des Brumes. Il les traite déjà bien mieux que d’autres, mais il pourrait faire plus, s’il usait d’un peu plus de son influence et de ses moyens.

Bleu Nuit rappelle qu’il doit assurer la sécurité de ses disciples et celle des citoyens de Trois Ponts. Rigueur Abrupte est là pour lui rappeler ce qui advient quand on dépasse les bornes.

Le Double Serpent Temporel insinue que, parfois, la sagesse est suicidaire, elle empêche de prendre les risques qui assureraient la sécurité à long terme.

Avec un gros soupir, le maître exorciste accepte ce nouveau fardeau.

Rincevent, qui observe attentivement la scène, a l’impression que les trois Chimères se comportent comme il le ferait s’il se retrouvait soudainement privé de son bon maître ; elles doivent être orphelines. Touché, il décide que, quand il sera grand, il les aidera. Comment, il n’en sait rien, mais il trouvera.

Mais la famille de Sang Froid répugne à laisser l’exorciste payer seul, car cela équivaudrait à s’endetter vis-à-vis d’un anarchiste, alors qu’ils sont des fonctionnaires à la réputation impeccable. Leurs propositions ne semblent guère intéresser les Chimères des Brumes, qui les considèrent plutôt comme des conformistes dont la fréquentation serait dommageable.

Champs Dorés consent pourtant à les écouter, avec l’attitude du chaland qui butine des babioles de peu de valeur dans une échoppe de seconde main.

Quand les propositions se tarissent, il signale que, tout bien considéré, il a peut-être une idée : il pourrait accepter les six écrins créés par Çamdar. Non les pendentifs, dont ils auront l’usage, mais leurs délicats emballages.

Tiens donc, un dieu aurait une vision un peu plus claire de l’avenir, et il aurait directement donné de quoi payer les Chimères des Brumes ? Comme c’est aimable de sa part. Ou comme c’est bien calculé. La famille hésite, mais le frère aîné, Modestes Appétits, resté étrangement silencieux jusque-là, appuie la proposition.

Car son petit talent personnel, c’est d’être capable d’imiter à la perfection une personne, y compris tous ses moyens, et sa fonction, c’est de remplacer au pied levé tout fonctionnaire malheureusement incapacité suite à un accident (rare) ou une manipulation du parti opposé (tellement plus fréquent). Et il lutte pour ne pas imiter les Chimères des Brumes, soupçonnant qu’il serait incapable de redevenir lui-même, et abandonnerait ce faisant son épouse, leurs enfants, et le reste de sa famille.

Une fois les écrins obtenus, les Chimères des Brumes ne cachent pas leur ravissement, alors qu’elles discernent toutes les merveilles qu’elles pourront en créer, les améliorations de leur existence qui en surgiront. Réalité, illusion, un peu des deux ? Tant qu’elles aident les PJ ! Et ceux-ci commencent à réfléchir à la meilleure manière d’aller consulter le passé…

Alma – Des os de porcelaine

Résumé de la partie du 28.01.2020

À la mention du Double Serpent Temporel, Ruisseau Turquoise propose à son client, Rigueur Abrupte, un départ immédiat.
Elle est chargée de sa sécurité, pas de concourir pour le prix de la veuve la plus éplorée.
Mais il préfère rester, dans l’espoir que ses proches disparus pourront être ressuscités, ou, à défaut, pour contribuer à réunir la famille de Sang Froid, et les savoir heureux.

Reste donc à trouver comment contacter les serpents et, surtout, comment les faire coopérer.

Celle qui les porte sur son front, Bleu Matin, est consciente de n’avoir aucun contrôle sur eux.
Elle a d’ailleurs renoncé à les utiliser, même comme jolis motifs formant des bijoux d’or et d’argent sur son corps.
Elle préfère se consacrer à préparer sa future vie d’épouse épanouie, fleurir son autel au Dieu Bleu Ciel et le prier de lui accorder le mari dont elle rêve.
Elle appréciait, certes, les prouesses acrobatiques rendues possibles par les serpents, mais son chéri étant prof d’éducation physique, elle compte faire tout aussi bien avec ses propres muscles patiemment développés. Et avec beaucoup moins d’effets de bord.

Mais si ses serpents peuvent être utiles à son bon maître et à ses nouveaux amis, elle coopère, toujours aussi serviable… à eux de trouver comment contacter les serpents, qui ne se sont pas manifestés depuis quatre ans (au grand soulagement des habitants de l’école, même si maître Bleu Nuit, le prudent directeur des lieux, soupçonne que les serpents sont simplement devenus plus discrets. Socialiser les nouveaux venus, c’est bien, mais cela n’en fait pas des amis, seulement, peut-être, des ennemis plus habiles à manœuvrer dans l’ombre).

Et à eux de trouver comment les convaincre de les aider.

Belle Envolée, très résolue, mobilise sa colère, et se campe face à la chaise où la délicate Bleu Matin est élégamment assise, mais Rincevent toussote :

– La colère ne sert à rien. Ce ne sont pas des Chimères qui désirent jouer avec un exorciste et apprécier son style singulier.

Elle le considère, étonnée :

– Alors, que sont-ils ?

Toutes les personnes présentes se sentant plus inquiètes après cette question, la réponse est remise à des jours meilleurs.

Ruisseau Turquoise signale qu’elle ne peut pas garantir leur sécurité s’ils ne sont pas plus prudents. Elle préfère les tuer tous, sauf son client et son collègue, bien sûr, que mourir de leur stupidité.
À défaut de cette solution simple, elle demande à Bleu Nuit des échantillons de tous les thés que ses élèves lui ont offerts au fil des ans, et les tasses également, ces trésors d’unicité et de diversité choisis pour lui plaire.

Elle assortit thés et tasses, et les dispose, un à un, avec une précision méticuleuse, autour de Bleu Matin et de tous ceux qui espèrent contacter ses serpents. Quand elle a fini, le sol change, un gris de plomb, lisse, sourd, et sinistre, remplaçant en grandes volutes la beauté des dalles de pierre, puis le bord des tasses givre. Tous les mages ritualistes présents se savent entourés d’une enceinte protectrice, basée sur une magie plus sombre que la leur, qui les oppresse autant qu’elle les défend.

La garde du corps laisse tomber :

– Mieux vaut verser du thé que du sang, briser des tasses que vos os. Si je vous ai bien compris, maître Bleu Nuit, vos amis présents ont plus de valeur que les présents de vos amis passés ?

Rien n’est moins sûr, mais la bonté oblige parfois à quelques sacrifices.

Dès lors, avec prudence, l’on tente de contacter les serpents ; dans les tasses, l’eau des thés frémit, comme si des forces nocives étaient déviées vers elle, y produisant de minuscules tempêtes qui font vaciller les fragiles récipients, qui luttent pour tenir bon.

Les serpents paraissent incroyablement lointains, leurs mots viennent en échos déformés, réverbérés par d’invisibles falaises, déviés par des gouffres. Mais peu à peu, avec obstination, ils se rapprochent, et finissent par devenir compréhensibles. Sur le front de Bleu Matin, les écailles d’or et d’argent paraissent miroiter, leurs positions devenant mouvantes.

Tout au long du dialogue, les participants au rituel se savent menacés, et se protègent en se dissociant en partie de leurs actes ; ils sont présents, mais si peu ; impliqués, mais innocents. Et cette absence délibérée, ce regard en biais sur la réalité, les protègent.

Jusqu’à ce qu’une interrogation trop directe brise net plusieurs tasses.

Beauté Glacée, le second garde du corps, dégaine et tranche en deux l’imprudent, du sommet du crâne à l’entrejambe, puis il jette la moitié du corps au-delà du cercle protecteur.

Comme les forces invisibles se repaissent de ce leurre, il utilise les os de l’autre moitié pour restaurer les tasses et en créer de nouvelles, et le sang versé pour compléter le thé.

Il complète le motif protecteur de cabochons dont le ton caramel rappelle ses yeux, mais aussi une fournaise dans laquelle liquéfier ce qui le dérangerait. Il agit avec rapidité et fluidité, si prompt qu’il parait se glisser dans les angles morts du réel, et ne laisser aucun sillage qui pourrait mener à lui.

Les autres personnes présentes, elles, se réfugient dans une absence qui confine à l’inexistence volontaire : Rêve du Néant se fait monolithe, sombrant dans la minéralité inconsciente ; Haut Neur, dont les ailes de cygne sont traitées d’ailes de poulet par son camarade Rincevent, présentement coupé en deux, hésite à se faire platane, puis, ironique, décide que c’est le moment ou jamais de faire poulet.

Quand il revient à lui, son visage est certes barbouillé du sang et des chairs de son ami, mais les poulets picorent les asticots, c’est bien connu.

Avec douceur, les guérisseurs présents l’écartent du demi-cadavre mutilé, et rendent à l’imprudent son intégrité. La mort lui a évité de voir l’autre moitié de son corps corrompue, détruite, par les forces venues le dévorer.

Quant aux serpents, ils acceptent de prendre en pitié la famille de Sang Froid, mais ne peuvent le faire seuls ; ils ont besoin de l’aide de trois Chimères des Brumes, arrivées bien avant eux dans le terroir, et qui serviront de piliers pour les ancrer pendant qu’ils déploieront leurs anneaux pour manipuler le Temps.

Pendant leur exposé, Bleu Nuit sifflote entre ses dents, un son curieusement oscillant, comme s’il se mettait en phase avec eux, tentant de déterminer s’ils lui mentent ou pas.
Mais même s’il se pense manipulé, il ne voit pas d’autre solution.

Une nouvelle fois, Ruisseau Turquoise propose de quitter les lieux. Mais Rigueur Abrupte demande des précisions sur ces Chimères des Brumes, que Bleu Nuit fournit volontiers, et le militant arrive à la conclusion qu’il s’agit probablement d’une minorité opprimée qu’il sera ravi de rencontrer et d’assister dans la mesure de ses moyens.

Ruisseau Turquoise ayant elle-même échappé à une tyrannie, ne se sent-elle pas de points communs avec ces Chimères ? Elle considère son client – et amant – avec un mélange d’incrédulité et de compassion, hésitant à le dessiller. Puis elle renonce, car cet idiot a probablement raison : elle change, à son contact. Mais peut-être cette empathie est-elle le prix de son séjour en surface, loin des terres glacées de sa sombre maîtresse ; ou, au contraire, est-ce une vengeance raffinée, l’amener à mourir pour autrui alors qu’elle a enfin atteint un paradis ?

Bleu Nuit lui sourit :

– La seule certitude, c’est…

– …l’incertitude, je sais. Et le bonheur déjà vécu, même si c’est la mauvaise habitude que j’aie le plus vite prise.

Reste donc à trouver comment accueillir les trois Chimères des Brumes, de préférence discrètement, car elles posent de tels problèmes de voisinage que faire partie de leurs fréquentations n’est pas conseillé. Certains pensent qu’elles sont des renégates ayant désobéi à leur créateur, le Dieu du Rêve ; et au moins une société secrète se consacre à les éradiquer, les considérant comme des démons.

Bleu Nuit, lui, considère que la violence appelle la violence, l’agression la vengeance, et qu’il n’a jamais eu de problème avec elles. Enfin, pas de problème grave. D’accord, pas de problème insurmontable. Et certes, sa préférence pour la liberté l’amène peut-être à leur trouver des excuses.

_____________________________________

Illustration de Steve Delamare sur deviant art